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La force et l’âme du Népal

La force et l’âme du Népal

La force et l’âme du Népal

Cet été, j’ai eu l’occasion de travailler avec Citta, un organisme de charité sans but lucratif axé sur les méthodes qui aident à bâtir et à soutenir le développement dans certaines des communautés les plus pauvres, éloignées géographiquement ou marginalisées dans le monde.

En juin, nous sommes allés au Népal pendant huit jours. L’objectif de Citta était d’apporter des soins médicaux et des fournitures pour les villages touchés par le séisme dans les régions les plus reculées du Népal. J’étais là pour photographier dans la foulée des deux tremblements de terre qui ont frappé plus tôt cette année.

Notre base était à Katmandou et à partir de là nous nous sommes rendus à trois villages distincts. Se rendre à chaque village a pris au moins dix heures. Nous roulions sur des routes extrêmement accidentées et non pavées et nous avons connu de nombreux retards en raison de pneus à plat, de glissements de terrain (causés par les répliques des deux tremblements de terre), et une fois, notre chauffeur népalais a frappé un motocycliste et l’a presque tué.

Je me souviens d’avoir remarqué pendant que nous roulions à travers les campagnes que pas une maison ou une boutique n’avait survécu aux tremblements de terre indemne. Il y avait des trous massifs, des gravats et des débris partout. De minces feuilles de métal étaient utilisées comme des toits de fortune. Une dévastation totale.

Lorsque nous sommes arrivés aussi près que possible dans les voitures, nous devions alors marcher pendant des kilomètres, habituellement sur des sentiers de montagne, et traverser des rivières en utilisant des pirogues en rondins d’arbres pour finalement arriver à chaque destination.

D’abord Mazegaoun, puis Gorkha et enfin Baseri. Les trois villages étaient en ruines. Sans électricité, les gens survivent en dépendant complètement de la terre. L’approvisionnement régulier en eau de la mousson fournit de la nourriture et de l’eau potable. Mais parce que tous les villages sont dans ces endroits éloignés, ils ne disposent pas de fournitures médicales pour traiter les blessures ou les maladies et sont trop loin des hôpitaux pour obtenir des soins appropriés.

Voilà pourquoi Citta travaille actuellement à bâtir des postes de santé (petits hôpitaux) dans les régions du Népal où les gens n’ont même pas accès aux traitements médicaux les plus élémentaires. Quelque chose d’aussi simple qu’un petit garçon qui se casse le bras peut le laisser déformé et handicapé de manière permanente. Les gens qui vivent dans ces régions éloignées et touchées par les séismes ont besoin, à tout le moins, d’une certaine forme de soins médicaux de base près d’eux et ils n’en ont jamais autant eu besoin que maintenant. Cliquez ici pour en savoir plus sur Citta.

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Hari était mon guide à Baseri, l’un des villages les plus pauvres et les plus reculés du Népal. Il est âgé de treize ans. Quand il avait six ans, il est tombé en marchant en direction de l’école et il s’est cassé le bras. Parce qu’il n’y a pas d’hôpitaux près de son village, on ne lui a été donné qu’une écharpe pour son bras. Quand son père avait économisé assez d’argent, il l’a amené à Katmandou, un long voyage de deux jours, pour l’obtenir le bon traitement. Ne sachant pas qu’Hari avait besoin d’une opération, son père a été incapable de la payer et ils ont dû revenir au village. Son bras est maintenant déformé en permanence.

Pendant que nous attendions le lever du soleil, je jouais de la musique sur mon iPhone. Sans mentir, nous avons eu une session de jam assez intense sur l’air de Daft Punk. Il a fait les basses (en sifflant) et je faisais les tambours (en claquant des mains).

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Quand j’étais petit garçon, ma mère amenait mon frère, ma sœur et moi à sa maison de campagne les fins de semaine. Je me souviens de ces promenades en auto. Je regardais le ciel et les nuages. Je rêvais.

Conduire à travers le pays me donnait souvent un profond sentiment d’émerveillement. Je rêvais de lieux lointains et d’aventures héroïques, en imaginant que j’étais quelqu’un d’important, quelqu’un qui venait aider les gens. Et je me promettais que quand je serai grand et fort, je partirais faire ces aventures vers des terres dont je n’avais jamais entendu parler et des gens que je n’avais jamais vus.

Quand je pris cette photo, j’ai vu ce sentiment d’émerveillement. Je me suis rappelé ce sentiment. Et je me suis souvenu de ma promesse.Untitled

Une réplique a frappé juste avant que je prenne cette photo. La majeure partie de la maison s’est effondrée en décombres. Et puis je suis tombé en arrière dans une porcherie, ce qui n’était pas amusant. C’était drôle pour tout le monde, non pas vraiment pour moi.

L’homme qui vivait là riait et je ne pouvais pas croire qu’il pouvait plaisanter après que sa maison soit détruite. J’ai demandé à quelqu’un de lui demander pourquoi il n’était pas plus bouleversé, et il a haussé les épaules en souriant et a dit : « Qu’est-ce qu’on peut y faire? »

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Les enfants souffrent dans les pays à travers le monde même quand c’est tout à fait inutile. Ils souffrent parce qu’ils ne reçoivent pas un traitement médical approprié. Ils tombent malades et restent malades. Leurs os brisés ne guérissent pas.

Le lieu de naissance d’un enfant ne doit jamais déterminer sa valeur. Son droit de vivre.

« C’est une pauvreté de décider qu’un enfant doit mourir pour que vous puissiez vivre comme vous le souhaitez. » — Mère Theresa

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Alors que je regardais autour de cette maison abandonnée, un petit garçon est venu par le côté. Il se tenait là et me regardait. Il se méfiait de ce que je faisais là.

D’après ce que j’ai appris et lu, le gouvernement du Népal fait très peu pour aider son peuple. Beaucoup de ces personnes semblent avoir accepté cet état de choses, ils ont accepté que, fondamentalement, personne ne se soucie d’eux. Je pense que l’acceptation de ce qu’on ne peut pas contrôler est probablement la meilleure façon de faire avancer sa vie.

Mais je pense qu’il y a des gens là-bas qui ne l’ont pas accepté et qui croient qu’ils méritent mieux que ça. Et je crois que c’est ce que je voyais dans les yeux du garçon : Fierté. Méfiance. Désillusion.

Je pensais à ses yeux ce soir-là. Je pensais à eux quand je me suis réveillé. Et je pense encore à eux.Untitled

Je me souviens d’y avoir pensé quand j’ai pris cette photo qui montre que les fissures dans le mur reflètent les rides du visage de cette femme.

J’ai eu un sentiment de douleur provenant de ses souffrances. Mais il y avait là de la beauté aussi. En voyant sa tristesse et en envisageant ce que sa vie a été, elle semblait encore plus belle en ce moment. Je me suis alors rendu compte que les images que j’avais trouvé les plus significatives, celles qui ont laissé la plus profonde impression sur mon âme, étaient celles où la douleur et la beauté étaient entrelacées.

J’ai lu un poème de Yeats récemment qui m’a ramené à ce moment-là, à la femme qui a cessé de me regarder en gravissant l’échelle pour se rendre à sa maison.

Those masterful images because complete
Grew in pure mind, but out of what began?
A mound of refuse or the sweepings of a street,
Old kettles, old bottles, and a broken can,
Old iron, old bones, old rags, that raving woman
Who keeps the till. Now that my ladder's gone,
I must lie down where all the ladders start
In the foul rag and bone shop of the heart.

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Je suis passé devant cette femme sur la route de Gorkha, un petit village dans les montagnes. Je me suis immédiatement retourné et j’ai couru vers elle. Je lui ai montré mon appareil photo et je lui ai demandé si je pouvais prendre des photos d’elle. Elle s’est arrêtée et m’a regardé avec enthousiasme.

Il y avait quelque chose dans la façon dont elle se tenait, et dans les vêtements et les bijoux qu’elle portait. Un esprit de jeunesse que je n’avais pas vu chez beaucoup de femmes de son âge. Elle se tenait là gentiment, mais sans crainte. Quand elle souriait, je voyais, du coup, le genre de personne qu’elle était vraiment.

Ce n’était plus une vieille femme qui avait persévéré à travers de nombreuses épreuves, c’était simplement une femme qui savait aimer la vie.

Vous pouvez suivre Sean sur son site Web (lien ci-dessous).

 

Source: Sean O'Neal Photography
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