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Évolution d'un photographe

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Évolution d'un photographe

Ben Lowy, un photojournaliste et artisan de Sony, est un photographe extrêmement doué pour photographier les conflits. Il a acquis sa réputation avant l’âge de 30 ans grâce à ses photographies en Libye, en Afghanistan et en Irak. Au cours des dernières années, alors que sa famille s’est agrandie, il a arrêté de travailler dans des conditions dangereuses et, à la place, il a exploré la publicité et la photographie de magazines, des projets personnels et des projets de production vidéo commerciale. Voici le récit de son cheminement et de la façon dont il continue à évoluer en tant que photographe.

Alpha Universe : Comment êtes-vous entré dans le monde de la photographie?

Ben Lowy : J’ai commencé à faire de la photographie lorsque j’ai échoué dans l’illustration. Je souhaitais être illustrateur de bandes dessinées, mais je n’étais pas très doué, ou je n’étais pas aussi doué que je le souhaitais, et j’ai alors essayé la photographie pour apprendre à mieux dessiner. J’allais dans des librairies pour dessiner des photos que je trouvais dans des livres de photographies, comme des photos de corps humains, afin d’apprendre à mieux dessiner. C’est comme ça que j’ai vu Inferno de James Nachtwey. Je me trouvais dans une librairie et j’ai eu une véritable révélation lorsque j’ai vu Inferno. Je pensais qu’il s’agissait d’un livre de photos de mode, parce que le livre était volumineux. Je l’ai sorti pensant qu’il s’agissait d’un autre livre de photos de « nus d’hommes » dont je pourrais tracer les contours. Ensuite, je suis resté assis à le regarder pendant trois heures. Cela a complètement changé mon point de vue et, d’une certaine, la direction que je souhaitais prendre en matière de photographies. J’avais 20 ans et je souhaitais vraiment raconter des histoires visuelles qui étaient importantes pour moi.

Mon père est né dans un camp de concentration et j’ai grandi en écoutant des histoires à propos de l’holocauste et de ce qui est arrivé à mon père et à mes grands-parents. Au lycée, je faisais partie de groupes qui s’intéressaient aux événements dans les Balkans et au Rwanda. J’ai vécu avec mon père jusqu’à l’âge de 15 ans, jusqu’à ce que je commence mes études supérieures. Lorsque je revenais chez moi du lycée, je faisais mes devoirs, nous dînions et nous regardions les informations à la télé avec Tom Brokaw et Peter Jennings. C’est comme cela que j’ai commencé à m’intéresser aux événements mondiaux. Je pense que, d’une certaine façon, j’ai été exposé aux événements traumatisants se produisant dans le monde dès un jeune âge.   

Alpha Universe : Il y a eu beaucoup de chemin à parcourir entre le moment où vous avez vu ce livre et où vous avez commencé à travailler dans une zone de guerre.

Ben Lowy : J’ai terminé le programme BFA, j’ai pris un congé sabbatique et je suis allé à Paris, mais mes fonds se sont rapidement épuisés. Je suis finalement allé en Israël et en Palestine pour prendre des photos de la deuxième intifada quand celle-ci a commencé au début de l’année 2001. Lorsque j’étais à Paris, je suis allé voir le film Flowers de Harrison [un film à propos d’un photojournaliste] et je me suis assis à côté d’un éditeur de photos. Je lui ai dit que je souhaitais vraiment me rendre dans des zones de conflits pour prendre des photos. Elle m’a présenté un des fondateurs d’une agence de presse. Je ne savais même pas comment utiliser mon propre appareil photo. Ils ont dit : « Nous avons toujours besoin de photographes qui savent parler arabe et hébreu pour se rendre en Israël/Palestine ». J’ai répondu : « Je sais parler arabe et hébreu »; je savais pertinemment que je mentais. Ils m’ont donné 400 pellicules et je me suis rendu en Israël/Palestine en février ou mars 2001; j’ai pris des photos et j’ai beaucoup appris. Deux photographes ont réalisé que j’étais nouveau dans la profession et m’ont accompagné pour me montrer les notions de base.

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Au-dessus : Les premiers travaux de Ben Lowy en Israël/Palestine en 2001. Photographiée avec une pellicule transparente, cette zone correspond au mur de séparation entre l’Israël et la Palestine.

Alpha Universe : Alors, la langue n’était pas un problème?

Ben Lowy : En fait, cela aurait rendu les choses plus faciles, mais également plus difficiles. Si vous entamez une conversation avec quelqu’un, vous ne pouvez pas prendre de photos parce que cela devient une entrevue. Je pense que si j’avais parlé ces langues, j’aurais eu plus de mal à prendre des photos. Lorsque vous avez de véritables conversations lorsque vous prenez des photos, vous allez dans deux directions différentes, vous faites une entrevue et vous prenez des photos. Je me suis également aperçu que certains sujets deviennent mal à l’aise parce qu’ils ont une conversation avec moi et qu’ils sont conscients de ma présence. Je travaille mieux lorsque je sépare les deux tâches : j’ai une certaine présence dans les entrevues, mais je deviens invisible lorsque je prends des photos.  

Alpha Universe : Quel est votre situation actuelle? Quel a été votre cheminement?

Ben Lowy: Je suis actuellement représenté par Getty Reportage pour mon travail de direction photographique. Mon épouse et moi sommes représentés par Pogo Pictures pour notre travail de mise en scène de vidéos commerciales. Lorsque j’étais à l’université, j’ai fait un stage au St. Louis Post Dispatch. En 2001 et en 2002, j’allais souvent en Israël et en Palestine. Mon premier reportage important fut la guerre en 2003. De 2003 à 2008, j’ai travaillé en Irak. De 2007 à 2011, j’étais en Afghanistan. Je suis allé en Libye, à Darfour, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et à Aceh en Indonésie. Ce fut une période importante de ma vie et, en tant que journaliste, j’ai beaucoup appris. J’étais très déterminé à raconter une histoire visuelle et à relater les événements qui se produisaient dans le monde entier.

En 2011, j’avais prévu de me rendre à Misrata, mais mon épouse est tombée malade lors du troisième trimestre de sa grossesse, elle attendait notre deuxième enfant, je suis donc rentré chez nous. Je n’étais pas à Misrata lorsque l’attaque au mortier s’est produite, lorsque Tim Hetherington et Chris Hondros ont été tués et que Michael Christopher Brown a été blessé.

Je suis retourné en Libye et en Afghanistan une dernière fois et rien de dangereux ne m’est arrivé, ou presque rien, mais je pense qu’il était temps que je mette un terme à ce chapitre de ma vie. Je me suis dit que je devrais peut-être faire autre chose pendant un certain temps.

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Au-dessus : Tripoli, en Libye. Un rebelle se tient sur le fameux monument « la main de Kadhafi » à Bab Al-Azizya le lendemain de la défaite des loyalistes de Kadhafi par de nombreuses brigades rebelles. Les rebelles ont pris le contrôle du centre militaire et gouvernemental le 25 août 2011 à Tripoli, en Libye.

Alpha Universe : Il devait être difficile de trouver un équilibre entre la photographie de guerre et votre vie de famille.

Ben Lowy : Il y a un photographe très connu – que je ne vais pas mentionner – j’étais avec lui et avec Tim Hetherington à Benghazi, nous prenions notre déjeuner dans notre hôtel et nous parlions de nos familles respectives. Il m’a regardé et il m’a dit : « Avez-vous déjà vu les photos que j’ai prises dans les Balkans? » Il a 25 ans de plus que moi. J’ai répondu : « Non je ne les ai jamais vues », et il a dit : « Oui parce que j’avais une fillette de quatre ans à cette époque ».

Lorsque je pense à cette période de ma vie, quand j’avais cinq ou six ans, je me demande si j’ai des souvenirs? Je ne me souviens de rien. Si je meurs maintenant, mes enfants ne se souviendront pas de moi. Le fait d’avoir une carrière qui est différente de ce que la plupart des gens font nécessite une haute opinion de soi-même et peu d’égoïsme – quelle que soit votre carrière, que vous soyez médecin, avocat ou photographe. De plus, je pense que la photographie est la façon dont je m’exprime. Je suis toujours photojournaliste, mon travail concerne toujours l’actualité, mais il y a toujours un aspect de moi-même qui est traduit dans mes images. Je comprends que mon travail est important, mais je ne veux pas nécessairement donner la priorité à mon travail par rapport à mes enfants.

D’autre part, l’industrie a changé. Personne ne me téléphone et ne me demande d’aller en Afghanistan. Depuis les cinq dernières années, j’essaie de varier un peu mon activité. J’ai toujours travaillé dans le sport. Le sport est depuis toujours ma façon de me remettre dans le bain lorsque je retourne aux États-Unis après avoir travaillé dans une zone de guerre. J’ai pris de nombreuses photos de sports de combat en cage. Il s’agissait d’une façon d’effectuer la transition, alors j’ai simplement étendu cette activité. J’ai travaillé au Super Bowl pendant plusieurs années pour ESPN, je suis allé aux Jeux olympiques et j’ai beaucoup travaillé avec les sports de combat et de lutte partout dans le monde. La méthodologie de la photographie de sport est similaire à la photo de conflit; vous devez attendre le summum de l’action.

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Ci-dessus : la première compétition de saut à ski de femme qui a eu lieu aux Jeux olympiques d’hiver de 2014 à Sotchi, en Russie.

Je suis également passé à la vidéo. L’année dernière, mon épouse et moi avons mis en scène une campagne nationale. J’ai également fait beaucoup de photographie de randonnées de haute montagne et d’aventure. Je pense que cela a répondu à un besoin que j’avais depuis longtemps. Je suis allé en Islande pour faire un reportage de photos de randonnée de haute montagne au début de l’année et, au téléphone, mon épouse m’a dit : « Tu as l’air tellement heureux! ». Il arrive parfois que je range mon appareil photo et que je me mette à faire de la randonnée. J’adore faire cela. J’ai fait également deux reportages sous-marins, ce qui était extraordinaire. J’ai nagé avec de grands requins blancs et je les ai pris en photo. Il s’agissait d’un reportage à Palau pour le New York Times Magazine.  

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Au-dessus : En reportage à Palau. Ben Lowy a pris cette photographie avec un RX100 IV de Sony dans un boîtier sous-marin.

Alpha Universe : Il est évident que l’aventure ne vous fait pas peur. Y a-t-il une différence entre vous – un photographe qui s’est rendu dans des zones de guerre – et nous qui en avons une certaine idée alors que nous nous trouvons en sécurité chez nous?

Ben Lowy : Je savais que j’étais prêt mentalement à travailler dans des zones de conflit. Je le suis toujours. Je sais que je peux me trouver devant le corps d’une personne qui est décédée ou dans une situation où il y a des rafales de balles et rester relativement calme. J’ai une certaine capacité à faire la part des choses, ce qui est nécessaire pour faire des reportages de conflits. Je m’en suis toujours senti capable, ce qui est peut-être la raison pour laquelle je savais que je serais capable de travailler dans ce domaine. Mais je n’ai pas de problème à me rendre dans des endroits de la planète où personne ne me connaît. Je n’ai pas besoin de confort et j’aime vivre simplement avec ce qu’il y a dans ma valise. Quand j’ai dit à mon père que j’avais l’intention de travailler dans la photographie, il m’a dit, « Dans la photographie de guerre, n’est-ce pas? »

 Il raconte souvent une histoire qui s’est passée en 1985, lorsqu’un ouragan a frappé New York, l’ouragan Gloria et que j’avais cinq ans. Je me suis mis à courir en direction de l’océan. Il a été obligé de courir derrière moi pour me rattraper. Quand j’étais enfant, je me suis cassé les deux jambes et les deux bras. J’ai souffert de nombreuses fractures en faisant des choses stupides comme descendre des escaliers en vélo. J’étais cette sorte d’enfant et je pense qu’il savait que j’aimais prendre des risques.

D’autre part, j’habitais à New York dans les années 80. Ma mère a été agressée quatre fois au fil des ans alors que nous allions à l’école. Je n’ai jamais vécu une vie protégée et cela m’a permis de me débrouiller.

Alpha Universe : En allant à l’école?

Ben Lowy : J’ai vu le corps de quelqu’un tracé à la craie à l’arrêt du bus une fois au début des années 80 près de ma maison. Un homme, qui habitait dans le même bâtiment que ma mère, a été tué par quelqu’un qui lui a volé 28 $ dans son portefeuille. Il s’agit de petits détails, comme cela, dont je me souviens très bien. Je me souviens du corps de cette personne tracé à la craie. Il y a eu un massacre énorme près de chez nous. Dans un restaurant coréen et japonais sur la 99ème rue. C’était en 1986. Vingt-trois personnes sont mortes à la suite d’une fusillade. Cela s’est produit à trois pâtés de maisons de chez moi.

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Au-dessus : un jeune Haïtien regarde un incendie qui brûle plusieurs entrepôts dévastés par le tremblement de terre dans le centre-ville de Port-au-Prince, à Haïti. Le 12 janvier 2010, Haïti a été frappé par un tremblement de terre qui a atteint le niveau 7 sur l’échelle de Richter et qui a dévasté l’île et causé la mort de près de 250 000 personnes.

Alpha Universe : Certaines situations vous semblent-elles trop dangereuses?

Ben Lowy : Non? J’ai lu le livre de Jon Krakauer « Into Thin Air » (dans l’air léger) et je me suis dit que je voulais faire l’ascension du mont Everest. C’est stupide, n’est-ce pas? Oui, en effet. Mais j’en ai vraiment envie! Je sais que je ne suis pas doué pour ce genre de choses. Je viens de voir le film Meru, de Jimmy Chin, et cela a vraiment l’air difficile, mais j’ai envie d’essayer.

Alpha Universe : Alors, pouvons-nous dire que vous êtes officiellement un ancien photographe de guerre?

Ben Lowy : Non. Ce n’est pas terminé. Cela dépend des circonstances, mais il faudrait que j’aie une longue conversation avec mon épouse. Elle sait ce qui me passionne et ce qui est important pour moi. Mais, en même temps, la photographie m’a presque coûté mon mariage. Après la mort de Tim et de Chris, je suis retourné en Libye. Je lui ai dit que je devais et que je souhaitais y retourner parce que la Libye, et toute la crise du Moyen-Orient, font partie des événements les plus importants de notre génération et je souhaitais les relater. Je lui ai promis que je ne prendrais pas de risques inconsidérés et elle m’a donné son accord.

Alors, j’y suis retourné. Le premier jour, lorsque Tripoli était sur le point d’être prise par les rebelles, je participais à une opération de maison en maison avec les rebelles et ils montaient des escaliers lorsque la tête d’un homme explosa juste devant moi. Quelqu’un lui a tiré dessus alors que j’avais mon doigt sur l’appareil et j’ai pris en photo le moment même où il est mort. Il est tombé jusqu’au bas des escaliers où je me trouvais. Je suis resté là complètement abasourdi, j’ai continué à prendre des photos, j’ai regardé le sang dégouliner le long des escaliers comme une cascade et je suis sorti en courant de la maison.

Je ne me suis pas servi de ces photos, je ne les ai pas envoyées, il était impossible de les publier. C’est une image horrible. Plusieurs semaines plus tard, on m’a demandé de faire un reportage en Afghanistan pour le New York Times Magazine et j’ai ainsi quitté la Libye. En Afghanistan, j’ai continué à penser à cette image et à la façon dont cette personne a fait le sacrifice ultime. Il s’agissait d’une image incroyable qui communique les ravages de la guerre et je me suis dit que d’une façon ou d’une autre, il fallait que je la mette en ligne. Je l’ai envoyée. Mon épouse a vu l’image et elle m’a téléphoné sur mon téléphone américain en Afghanistan et m’a accusé de la « tromper avec la guerre » parce que je lui avais promis que je ne prendrais pas de tels risques. Elle m’a dit : « Je vais te quitter et partir avec les enfants comme ça tu pourras être photographe de guerre parce que tu ne te préoccupes pas de nous ». J’ai passé des heures au téléphone – la facture de téléphone d’Afghanistan a coûté environ 4 000 $ ce mois-là parce qu’il s’agissait de mon numéro de New York – je lui ai dit : « Non, je t’aime, je sais que ce n’était pas raisonnable et j’ai été pris par le moment et je ne vais pas recommencer ». Depuis, tout s’est bien passé.  

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Au-dessus : Ajdabiya en Libye. Une scène de la guerre civile contre le dictateur Mouammar Kadhafi en Libye le 25 mars 2011 à Ajdabiya en Libye.

Alpha Universe : Il me semble que dans une zone de guerre, chaque fois que vous levez votre appareil photo, c’est pour prendre quelque chose d’important. Mais de retour…

Ben Lowy : C’est vrai. Mais, il y a longtemps, quelqu’un m’a demandé pourquoi je prenais les guerres en photo. J’ai répondu que si l’on ne prenait que les moments magnifiques et pleins de joie de l’existence humaine, l’histoire que l’on raconte ne serait qu’à moitié vraie. Mais, prendre seulement des photos de la guerre revient également à raconter la moitié d’une histoire. Mes enfants m’ont fait changer d’avis à ce sujet. Oui, il y a des injustices tragiques et de la misère partout dans le monde et ces histoires doivent être racontées parce que nous devons être informés. Mais, en même temps, il y a des moments magnifiques et épiques autour de nous qui ne sont pas horribles et qui méritent d’être célébrés. J’adore prendre en photo mon épouse et mes enfants. J’adore le travail sous-marin que je fais maintenant. Cette année, pour la première fois, j’ai eu l’occasion de prendre en photo des incendies. J’adore faire toutes ces choses. J’aime prendre des photos de sport, de la faune, d’aventures sous-marines et de conflits. Je fais autant de choses que je peux, parce que je veux tout voir.

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Au-dessus : Kolhapur en Inde. Des lutteurs indiens Kushti s’affrontent durant un entraînement quotidien dans un talim – un centre de lutte, à Kolhapur, en Inde. J’ai passé un certain temps, pendant mon voyage en Inde en 2015, à prendre ce sport traditionnel en photo dans le cadre d’un documentaire sur la lutte traditionnelle dans le monde et sur la résolution des conflits grâce au sport. Photographié avec un α7R II de Sony.

Alpha Universe : Quel appareil utilisez-vous maintenant?

Ben Lowy: J’ai un RX1R II et un α7R II de Sony. En ce moment, il s’agit des deux appareils que j’utilise le plus. J’en achèterai probablement un ou deux autres bientôt et je viens d’essayer les nouveaux objectifs G Master.

Alpha Universe : Comment en êtes-vous venu à utiliser des appareils Sony?

Ben Lowy : Au départ, je prenais beaucoup de photos dans les rues de New York. J’en prends toujours, mais je vis maintenant en banlieue et cela est donc un peu plus difficile. Quand les premiers iPhone sont sortis, je faisais partie des premiers utilisateurs. Je prenais des photos avec mon iPhone sans arrêt. Ensuite, j’ai rencontré Ruddy Roye, qui aime lui aussi beaucoup prendre des photos avec son iPhone et nous sommes devenus de bons amis. Il prend plus de photos de portraits dans les rues que moi. Il avait son iPhone, mais il avait également d’autres petits appareils. Il essayait sans arrêt des appareils différents, il les vendait, il en achetait des nouveaux et il essayait tous les appareils sur le marché. Il avait un RX1R de Sony avec un viseur qui s’incline.

Je mesure 1,85 m, par conséquent la plupart du temps, quand je prends des gens en photo, je regarde vers le bas. Et j’ai été surpris par le RX1R parce qu’il m’a permis de prendre des photos avec le viseur au niveau de la taille. Lorsque je suis allé à la Washington University, j’empruntais les Hasselblads du département de photographie et je prenais des photos avec le viseur au niveau de la taille. Et, lorsque je suis allé en Israël pour la première fois en 2001, j’ai acheté un Nikon F3 avec lequel il était possible de retirer le prisme et de faire la même chose. J’aime l’idée de pouvoir regarder vers le bas. Je me suis dit que ce Sony était étonnant. J’ai donc contacté Sony et je leur ai dit que j’aimerais utiliser ces appareils photo. À la fin de l’année 2014, j’ai eu mon premier Sony et j’ai commencé à l’utiliser lors de mes reportages. Depuis lors, j’utilise des appareils Sony.

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Au-dessus : La dévastation de l’ouragan Sandy.

Alpha Universe : Pourquoi pensez-vous que les publicitaires cherchent en ce moment à recruter des photojournalistes pour effectuer des missions commerciales?

Ben Lowy : Je ne pense pas que mes missions commerciales sont liées au fait que je sois un photojournaliste. Je ne crée pas nécessairement le style ou le type d’images qui attirerait, par exemple, BMW. BMW ne va pas me téléphoner et me demander de prendre des photos pour une publicité, parce que ce n’est pas cela que j’essaie de faire. Je pense que la personnalité joue un rôle important. Comme dans tous les domaines, la personnalité de quelqu’un peut lui permettre de gagner la confiance de ses interlocuteurs. Honnêtement, tout le monde peut prendre un appareil photo et prendre des photos. Mais il faut beaucoup d’engagement vis-à-vis de cet art, c’est comme un tir en suspension au basket-ball. Si vous vous entraînez beaucoup, vous allez pouvoir y arriver. Surtout maintenant avec les photos numériques, vous pouvez prendre 10 000 photos par jour. Vous pouvez être sûr qu’une de ces photos pourra être utilisable. Mais les gens vont-ils souhaiter travailler avec vous? Offrez-vous quelque chose de différent? J’apporte mon expérience et ma capacité à utiliser cette expérience dans ce que je photographie. J’apporte mon expérience à l’histoire que je raconte et à la façon dont j’interagis avec les sujets. Je suis un caméléon. Je pense que l’élément déterminant est mon talent plus qu’autre chose. Je suis capable d’aller au Moyen-Orient, en Asie ou en Amérique du Sud et je peux m’adapter à différents scénarios afin de devenir intime et de communiquer efficacement avec mon appareil photo. Je pense qu’il s’agit d’une compétence positive. Je pense que c’est ça qui me permet de convaincre mes interlocuteurs : s’ils comprennent que je suis capable de m’adapter, de changer et d’évoluer.   

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Au-dessus : compétitions femmes aux Jeux olympiques d’hiver de Sotchi de 2014, en Russie.

Certaines personnes me disent qu’elles regardent mes photos et savent qu’il s’agit de mes images. Je suis étonné par ce commentaire parce que je pense que ce que je fais change tous les ans. Il peut s’agir d’une bonne chose, mais cela peut être également négatif. Lorsque je regarde le travail des photographes qui m’ont inspiré, je remarque que leur style est uniforme. Ce n’est pas de cette façon que je pense à mon travail. Un acteur comme, par exemple, Tom Cruise est Tom Cruise dans chaque film qu’il tourne. Will Smith est Will Smith dans chacun de ses films. Ensuite, si vous regardez les acteurs qui se transforment avec leur personnage, ils sont différents dans chaque film. En tant que photographe, je m’identifie plus avec ces acteurs. J’essaie de faire en sorte que l’histoire que je m’efforce de communiquer change la façon dont je prends les photos. Il peut y avoir des éléments communs dans les domaines de la composition, de l’exposition et des couleurs, mais je pense que je change mon approche en fonction des histoires que je relate. C’est de cette façon que mon travail, et que la façon dont je l’envisage, change au fil du temps. Qu’il s’agisse de mes photos représentant de l’huile sur de l’eau ou de mes images d’une zone de conflit, elles sont vraiment différentes. Il est important, d’après moi, d’évoluer et de changer et d’exprimer ce que je vois parce que cela me permet de me retirer de l’équation.  

Alpha Universe : Être réceptif au lieu d’imposer votre volonté?  

Ben Lowy : Je pense à cette histoire… mon épouse et moi nous nous sommes mariés en 2005. Lorsque nous sommes allés chercher notre certificat de mariage (vous inscrivez votre profession sur la demande de certificat), mon épouse a inscrit « photojournaliste » et j’ai inscrit « photographe ». Alors, je pense que d’une certaine façon, je pensais déjà à cela. J’ai même l’intention de suivre un cours dans le domaine de la lumière pour les portraits. Je ne sais pas comment utiliser efficacement la lumière et je ne sais pas comment prendre le portrait de quelqu’un. Mais je veux apprendre, parce que c’est un autre domaine que je souhaite conquérir.

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Au-dessus : Ferguson, dans le Missouri, le 25 novembre 2014. Interactions entre les manifestants et la police, parfois violentes, devant le bâtiment de la police de Ferguson après une nuit d’émeutes et de destruction après la décision du grand jury de ne pas incriminer le policier Darren Wilson pour la mort de l’adolescent Michael Brown. La police de Ferguson a été critiquée pour la façon dont elle a violemment réagi aux manifestations et aux émeutes à la suite du meurtre d’un adolescent noir qui n’était pas armé, Michael Brown, par un officier blanc, Darren Wilson, en août 2014.

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Au-dessus : Intégré à une opération en Irak en 2007.

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Au-dessus : Compétition de ski de fond 30K hommes aux Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, en 2014, en Russie.

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Au-dessus : En reportage à Palau en 2015. Établie par le gouvernement de Palau, la barrière de corail pour requins et autres animaux marins se trouve sur une réserve marine protégée ayant la même superficie que la France, le 29 août 2015 dans les eaux territoriales de Palau en Micronésie. Pris avec le RX100 IV de Sony dans un boîtier sous-marin.

Vous pouvez voir d’autres travaux de Ben Lowy à benlowy.com

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