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Le baseball, tel qu'il a toujours été joué

Le baseball, tel qu'il a toujours été joué

Le baseball, tel qu'il a toujours été joué

Avec la saison de baseball qui vient de débuter aux États-Unis, c’est le moment idéal pour relancer un nouveau projet, encore inédit, de documentation du baseball d’Ira Block à Cuba. Après plusieurs visites sur l’île pour photographier le baseball, Ira concluait son projet en décembre dernier, alors qu'il réalisait soudainement que quelque chose lui manquait et que la meilleure façon de couronner ce projet était photographier des joueurs de baseball plus âgés. Il parle ici de son projet, ses origines et de la façon dont il a pu réaliser ces portraits captivants.

Alpha Universe : Vous avez travaillé sur un projet visant à photographier le baseball à Cuba pendant quelques années. Comment ce projet a-t-il commencé?

Ira Block : Mon premier voyage à Cuba a été en 1997 pour le magazine National Geographic; j’ai donc découvert le pays il y a longtemps, alors que les choses étaient bien différentes. J'ai fait de nombreux voyages à Cuba. J’ai toujours été fasciné par la culture, surtout depuis la fin des années 80. J’ai passé beaucoup de temps en Union soviétique et en Europe à faire des articles; j’ai donc toujours eu connaissance de ce qu’était le communisme C'est lors de mon premier voyage à Cuba que je me suis dit : « Wow! Ce n’est pas le communisme que je connais! » Les gens semblaient plus heureux, leur langage corporel semblait plus ouvert, et le climat beaucoup plus agréable. Le peuple cubain m’a fasciné. Il y a eu une période d’environ dix ans où je ne suis pas allé à Cuba; puis, j’y suis retourné en 2012. À ce moment-là, j’étais devenu un fervent amateur de baseball des États-Unis. J’adorais le jeu, j’aimais sa psychologie et ses nuances, choses que vous ne pouvez pas vraiment comprendre si vous n’êtes pas amateur. Vous pourriez même croire qu’il s’agit d’un sport aussi ennuyant que lent.

Alpha Universe : Est-ce qu'il s'agissait d'une nouvelle pour vous? Ou était-elle là depuis toujours?

Ira Block : J’avais toujours un peu aimé le baseball depuis mon enfance. Et puis soudainement, je m’y suis intéressé davantage. J’étais à Cuba en 2013, et c'est là que je réalisé que le baseball n’était pas seulement un sport là-bas, mais qu'il faisait bien partie intégrante de la culture. Puis, j’ai fait des recherches sur le sujet et j’ai vu que les Cubains jouaient au baseball depuis presque aussi longtemps que nous y jouons aux États-Unis. Je me suis dit : « Wow! C’est incroyable qu’après tout ce que Cuba a traversé, le baseball y soit resté! » En fait, vers les années 1890, alors que les Cubains essayaient de se séparer de l’Espagne, cette dernière a voulu faire de la tauromachie leur sport national, mais les Cubains lui ont dit : « Non, jouons plutôt au baseball. » Ça remonte aussi loin que ça. Et j’ai eu l’idée de faire un projet sur le baseball et la culture cubaine; je ne voulais pas seulement me concentrer sur le baseball professionnel : je voulais aussi voir le baseball qui se joue par les gens ordinaires.

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Alpha Universe : Avez-vous cherché à comprendre pourquoi le baseball fait partie intégrante de la culture, ou tout simplement à en saisir le sens?

Ira Block : Je voulais explorer comment ce phénomène a fait sa place. La raison de sa popularité était assez simple : c’est le sport qu’ils ont adopté à la fin des années 1800 et il est assez peu coûteux. J’ai vu des enfants qui jouaient avec des branches d’arbres en frappant des canettes de boisson gazeuse. Les enfants dans la rue fabriquent effectivement leurs propres balles en utilisant une pierre enveloppée dans du papier, qu’ils recouvrent de ruban adhésif. Cette balle rebondit en fait assez bien. On n’a pas besoin de beaucoup pour jouer. Un grand nombre de photographies que j’ai prises montrent des jeunes qui jouent sans équipement et pieds nus. S’il y a de l’équipement, celui-ci est partagé : un gant, une balle, un bâton. Donc, en regardant ça, je me suis dit : « Hé! Voici deux choses que j’aime vraiment beaucoup : le baseball et le peuple cubain. La combinaison des deux serait donc quelque chose d’intéressant. »

J’ai commencé il y a environ deux ans et demi, avant le début de la détente. Le baseball à Cuba est encore un sport très pur. Ce n’est pas une grosse entreprise comme aux États-Unis aux échelons supérieurs. Il n’y a pas beaucoup d’argent dans le jeu : c’est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup de joueurs ont fait défection aux États-Unis pour obtenir de gros contrats. Donc, j’ai fait environ quatre voyages spécifiquement pour ce projet de baseball au cours des deux dernières années et demie et, en décembre, je savais qu’il s’agissait de mon dernier voyage. Je me suis demandé ce que j’avais et ce qui me manquait. J’ai réalisé que j’avais une couverture assez équilibrée des différents groupes d’âge et types de personnes jouant au baseball, sauf pour les personnes âgées.

Quand je suis allé là-bas en décembre, j’ai trouvé une ligue d’aînés qui jouaient au baseball, des hommes, et même certaines femmes, dont l’âge allait de 50 ans, 60 ans à plus de 70 ans. Donc, je suis allé les voir et ils ont vraiment bien joué. C’était incroyable. Certaines des personnes âgées de 50 ans et de 60 ans étaient d’anciens joueurs semi-pros à Cuba; ils avaient donc encore des bras et des aptitudes incroyables. Et j’ai remarqué qu’en raison du processus de vieillissement et des différents uniformes qu’ils portaient, il y avait là un grand potentiel de faire d’excellents portraits.

J’ai essayé plusieurs fois d’utiliser le stroboscope dans mon autre couverture de baseball, parce que celui-ci m’a offert une apparence très vive et claire. Il m’a aidé à bien faire ressortir toutes les couleurs cubaines. J’assistais à un match et je me suis dit que j’avais un excellent groupe d’hommes ici, en plus d’une femme, et que je devais prendre leurs portraits. Et donc j’ai trouvé un endroit agréable, un bon vieux mur cubain à la peinture écaillée, exactement là où ils jouaient sur ce petit terrain. Et j’ai mis en place un grand stroboscope et un caisson lumineux; donc,

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Alpha Universe : Ces stroboscopes étaient-ils montés sur des griffes?

Ira Block : Non, ils étaient trop grands. Un grand parapluie à lumière diffuse et un stroboscope portable ELB 400 d’Elinchrom. Et je voyageais avec ce type d’équipement parce que, quand je le pouvais, j’utilisais le stroboscope pour prendre des photos de personnes, parce que j’adore l’apparence qu’il procure. Je voulais maintenir cette apparence. J’avais donc ce matériel avec moi, et mon assistant et moi (j’ai un assistant là-bas qui m’aide) avons trouvé un endroit propice et, entre les manches, nous accostions simplement différentes personnes et nous les photographions.

J’utilisais l’objectif 90 mm f/2.8 macro de Sony, qui est vraiment incroyablement clair. Un objectif fantastique. Et je sentais qu’avec le stroboscope, cet objectif, ces visages et ces couleurs, cela produirait une intéressante série d’images vraiment dynamiques.

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Alpha Universe : Expliquez-moi les avantages d’ajouter un stroboscope à un portrait en lumière naturelle.

Ira Block : Je n’en connais pas la raison technique, mais je pense qu’il s’agit d’une source de lumière plus nette, même en plein soleil. Le soleil donne une haute qualité à la couleur; par contre, vous ne pouvez pas contrôler l’angle. Avec le stroboscope, vous contrôlez l’angle dans lequel la lumière frappe le sujet, la lumière spéculaire et la réflexion, l’angle de réflexion, la richesse de la couleur et, selon type de diffusion ou de modification que vous utilisez, vous pouvez y faire des ajouts. Ces portraits ne sont pas de gros plans : il s’agit de portraits avec torse parce que je voulais intégrer les uniformes. Quand vous le faites avec le stroboscope et que vous vous rapprochez davantage, c’est le reflet dans les yeux que les stroboscopes contrôlent. C’est ce qui vous attire vers cette personne.

Alpha Universe : Vous utilisez un objectif qui porte le nom de macro. Comme beaucoup de photographes, vous constatez qu’il est utile pour faire plus que de la photographie macro. Avez-vous toujours utilisé des objectifs macro pour les portraits?

Ira Block : Je ne l’ai pas choisi parce qu’il s’agit d’un objectif macro, mais parce qu’il est vraiment clair. Il offre un très bon contraste pour la couleur, ce que j’aime, et il a la bonne distance focale. J’aurais pu utiliser mon 70-200 mm à cette distance focale, mais c’est un énorme objectif. Je photographie à main levée et j’essaie de travailler rapidement; donc, le 70 à 200 mm est simplement un peu trop gros. Et à ce moment, le nouvel objectif 85 mm f/1.4 G Master n’était pas encore lancé. J’aurais pu utiliser celui-là, si je l’avais eu, parce que c’est un autre objectif spectaculaire. En outre, j’essayais de travailler avec une ouverture assez grande parce que je voulais rendre l’arrière-plan un peu flou.

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Alpha Universe : Était-ce un défi de combiner la lumière du jour à un diaphragme grand ouvert et un stroboscope?

Ira Block : Je travaillais à l’ombre, et cela m’a donné la possibilité de photographier à environ 1/200e de seconde à f/2.8 ou f/4; je pouvais baisser mon ISO parce que j’avais un stroboscope très puissant. J’utilisais l’appareil photo α7R II de Sony. Il se synchronise avec ces types de stroboscopes à environ 1/200e de seconde. Si vous êtes dehors, que vous essayez d’avoir le ciel dans le cadre et que vous souhaitez assombrir ce dernier, vous avez vraiment besoin d’une synchronisation à grande vitesse. Mais pour cette séance photo, je voulais simplement une belle lumière douce avec mon stroboscope à un bon rythme. Je ne voulais pas donner une apparence trop stroboscopique.

Alpha Universe : L’équilibrage subtil de la lumière stroboscopique avec la lumière naturelle est vraiment un art.

Ira Block : Je ne voulais pas que l’image donne l’impression qu’un grand stroboscope avait été utilisé. Je voulais simplement obtenir l’apparence propre qu’on obtient avec un stroboscope. Cela semblait produire un bon équilibre pour moi. Je ne voulais pas que le stroboscope semble trop puissant; l’attention aurait été portée plus sur l’éclairage que sur la personnalité des joueurs. J’ai donc équilibré le stroboscope et la lumière naturelle; le stroboscope donne un peu de brillance en saturant les couleurs et les tons de la peau. Certains joueurs ont la peau plus foncée : je peux donc utiliser le stroboscope pour obtenir une bonne réflexion, un reflet spéculaire. Je pouvais sentir que ces sujets étaient beaucoup plus engagés envers moi et l’appareil photo. Et parfois, plutôt que d’arriver simplement avec un appareil photo en disant « Hé, regardez ici! », une configuration plus professionnelle mettant la personne à l’honneur lui donne un certain sentiment de confiance et d’importance qui transparaît dans les photos.

Alpha Universe : Est-ce que cela crée aussi un certain avantage psychologique? Si la configuration est plus professionnelle, les sujets ne se tiennent-ils pas avec un peu plus de dignité?

Ira Block : Parfois, les gens peuvent se sentir intimidés, je suppose, mais j’avais développé une certaine relation avec ces personnes. Ils connaissaient le projet sur lequel je travaillais. Chose intéressante, ils sont plus âgés et je pense que certains d’entre eux ont connu leur apogée quand ils étaient de jeunes joueurs de baseball. Donc, pour eux, c’était le moment où ils se sont dit : « Quelqu’un porte attention à moi. Quelqu’un prend ma photo pour ce projet important et je me sens bien d’y participer. »

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Alpha Universe : Je suis curieux de connaître votre composition. Vous préférez généralement les images horizontales, mais celles-ci sont à la verticale. Pourquoi ce changement?

Ira Block : Je l’ai toujours dit : « Nous avons besoin d’images verticales! Photographiez des images verticales pour la couverture! ». Je prends des photos simplement de la façon dont je vois l’image. Les gens voient à l’horizontale et, en quelque sorte, dans un format horizontal, mais je peux en faire plus avec la composition. Le format vertical semble me limiter. Je ne sais pas pourquoi : il s’agit peut-être simplement de moi et de la façon dont je pense et vois les choses. Néanmoins, je me suis dit : « Bon! Je dois prendre des images verticales. ». La plupart du temps, quand je prends des portraits de visages de plusieurs personnes ensemble, je les prends à l’horizontale, et j’ai tendance à couper le haut de la tête des gens. Tout le monde me demande : « Pourquoi coupez-vous le dessus de leurs têtes? ». Lorsque vous coupez le haut de la tête, vous êtes plus attiré par les yeux des gens dans une image horizontale. Et j’explique aussi que quand vous allez à la salle de cinéma, qu’on filme en 16x9 ou un format plus large et qu’on fait un portrait du visage de très près, la tête de la personne ne couvre qu’un tiers ou moins de l’écran.

L’arrière-plan n’est généralement pas mis au point et c’est là que les cinématographes entrent dans le bokeh des objectifs. La forme de l’arrière-plan qui n’est pas mis au point est d’importance critique. Je suis devenu très conscient de l’arrière-plan et de la lumière en arrière-plan. Plus vous progressez dans la photographie, plus les nuances ont de la signification pour vous. Dans ce cas, la verticale était importante parce que je photographiais de la tête à la taille ou la poitrine sur la plupart des images. Ces gars portaient un mélange de différents uniformes qui me plaisaient.

Alpha Universe : Comment savez-vous lorsqu’un projet est terminé? Il semble que vous pourriez continuer de photographier à l’infini.

Ira Block : Maintenant que Cuba a commencé à s’ouvrir au monde, le baseball est en train de changer. J’étais à Cuba quand la Ligue de baseball majeure y était en décembre. Il me semblait qu’il était temps que je me précipite pour mieux terminer le projet. Et financièrement, j’avais budgété tout le temps et l’argent d’une certaine façon, et je savais que le voyage de décembre était mon dernier voyage. J’ai commencé à me sentir un peu mélancolique en pensant que le projet tirait à sa fin. Je me sentais bien en prenant mes dernières photos. Mon dernier sujet était une sorte de conclusion logique. J’ai commencé à photographier un grand nombre de jeunes enfants et j’ai poursuivi mon chemin en photographiant des gens de plus en plus vieux qui ont aimé le baseball toute leur vie, et j’ai fini avec ces derniers. Aussi triste que je l’étais, je sentais que c’était une belle façon de terminer le projet pour moi du côté du photographe. Maintenant, le projet est-il terminé de façon permanente? Non. J’ai fini le projet, mais quand je retournerai à Cuba, si je vois du baseball, je vais certainement continuer à prendre des photos.

En photographie, il y a beaucoup de synergie et beaucoup de hasard au sein des choses qui sont impliquées dans ce qu’on fait. Et pour moi, il s’agit simplement d’une de ces choses qui ont bien tourné pour moi et pour le projet. C’est ce qui m’a aidé à marquer la fin de la dernière étape et à déterminer que j’avais vraiment fini.UntitledUntitledUntitledUntitled 

Toutes les photos par Ira Block. Appareil photo α7R II de Sony, objectif FE 90 mm f/2.8 Macro G OSS de Sony. 

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